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Les pays du mois...- la Hongrie et la Slovénie

 

« L’exception slovène »

 

 

L’Union Européenne élargie comptera deux pays dont le nom commence par « Slov » : la Slovaquie et la Slovénie. Le risque pour un Européen de l’Ouest est de confondre ces deux pays. N’avez-vous jamais entendu quelqu’un parler de la Slovéquie, ou de la Slovanie ?

Dans tous les cas les habitants de ces deux pays ont une certaine fierté nationale, et furent quelque peu blessés quand à plusieurs reprises des délégations officielles se rendant à l’étranger furent accueillies par l’hymne de l’autre pays (l’hymne slovaque pour une délégation slovène notamment).

 Il est donc nécessaire d’en savoir davantage sur la Slovénie, qui dans l’Union Européenne,  sera l’un des plus petits mais dont les particularités géographiques et le succès économique attirent le regard.

 

Géographie

 

 

La Slovénie est un petit pays dont la superficie est de 20 256 km², soit un peu moins que la superficie de la Lorraine. Malgré sa petite taille, ce pays est une véritable porte qui relie Europe occidentale, Europe orientale et les Balkans. Elle possède en effet des frontières avec l’Italie (253 km), l’Autriche (324 km), la Hongrie (102 km), et la Croatie (546 km). Même si elle possède une côte sur la mer adriatique longue d’une cinquantaine de kilomètres, le bassin hydrographique de la Slovénie est tourné vers le Danube et la mer noire. La Drava et la Sava, les deux principales rivières du pays, sont en effet des affluents du fleuve réputé bleu.

Le taux d’urbanisation demeure encore assez faible (51,8% contre 75,6% en France). Les deux principales villes, Ljubljana et Maribor ne comptent respectivement que 272 000 et 103 512 habitants.

La Slovénie est un pays entre mer et montagne, entre l’Adriatique et les Alpes. Les Alpes juliennes culminent à 2864 mètres avec le plus haut sommet slovène, le Triglay. Du fait de sa géographie particulière, la Slovénie connaît trois types de climat : alpin, continental, et méditerranéen. Dans la capitale Ljubljana il fait souvent plus de 35 degrés durant les mois d’été, et moins de -15 degrés en hiver.

La nature slovène reste protégée et la moitié du pays est encore couverte de forêts. On trouve dans les parcs nationaux, et notamment dans celui du Triglay, des ours (environ 500 têtes), des loups, des lynx, des rapaces, et du gros gibier en abondance. 

 

 

 

 

 

 

 

Population

 

La population de la Slovénie (2 millions d’habitants) est composée à 90% de Slovènes. Cependant le pays abrite de fortes minorités d’origine hongroise (9 000 personnes) et italienne (5 000 personnes). Ces communautés ont obtenu un statut particulier qui est inscrit dans la Constitution. Chacune de ses communautés a un député à l’Assemblée slovène et il existe des écoles bilingues. Comme une grande partie des nouveaux membres de l’Union européenne la Slovénie a également une communauté tzigane à laquelle s’appliquent des dispositions particulières.

Du fait de son passé comme partie de la fédération yougoslave, des populations originaires d’autres régions de l’ex-Yougoslavie peuplent le pays (environ 50 000 personnes). Ces populations ont des facilités accordées pour l’obtention de la nationalité.

La Slovénie abrite donc des minorités sur son territoire, mais possède également une diaspora de Slovènes à l’étranger : en Italie (Frioul et Vénétie) et en Autriche (en Carinthie). Il y a 15 000 Slovènes en Autriche, et 80 000 en Italie. Même si la Slovénie n’a jamais eu de comportement irrédentiste, la présence de ces populations hors du territoire peut poser des problèmes : Jorg Haider en Autriche, ou Umberto Bossi et sa Ligue du Nord en Italie ont leurs fiefs dans les régions où précisément vivent les minorités slovènes.

La religion majoritaire de la population slovène est le catholicisme (75%).

 

Langue.

 

France Preseren

 

La langue du pays est bien entendu le slovène. Mais cette affirmation qui semble une évidence n’en est pas une quand on sait que les Slovènes n’avaient jamais été indépendants avant 1991 et que leur langue, qu’ils considèrent comme un trésor, aurait pu disparaître. Le slovène est une langue originale et archaïque dans la famille des langues slaves. Au XIXe siècle il était devenu une langue pratiquée uniquement par les paysans et le clergé. C’est alors que le poète France Preseren, par ailleurs auteur de l’hymne national, lui redonna ses lettres de noblesse. La langue slovène sera dès lors le catalyseur du sentiment national. 

Comme toutes les langues slaves, le slovène regorge de consonnes ! Pour un francophone de nombreux mots semblent imprononçables, à commencer par le nom du Président de la République : Janez Drnovsek.

 

Janes Drnovsek, actuel Président de la République slovène

 

 

Economie.

Assurément, même si l’on a usé et abusé de cette expression, on peut parler du miracle économique slovène. Le pays a l’économie la plus prospère des républiques de l’ex-Yougoslavie. Le PIB par habitant de la Slovénie atteint 70% de la moyenne communautaire, et est plus élevé que celui des membres actuels les plus pauvres, comme la Grèce et le Portugal. La Slovénie est le plus riche des dix nouveaux membres de l’Union, avec un PIB par habitant de 10 500 euros en 2001 (ou 17 600 si l’on tient compte du pouvoir d’achat). Le chômage est faible (7% au niveau national, mais 2% dans la région de Ljubljana) et la croissance économique à un niveau élevé (4%).

La structure de l’économie slovène correspond à une économie moderne, l’agriculture ne représentant que 3,3% du PIB, l’industrie 38,3% et les services 58,4%. Le salaire brut moyen mensuel est de 988 euros. La monnaie nationale est le tolar (100 tolars valent environ 0,44 euros).

Les raisons de la bonne santé économique du pays sont à chercher dans l’histoire de cette petite République. Déjà sous le régime communiste yougoslave, la Slovénie était l’entité la plus riche des républiques fédérées. Edvard Kardelj, théoricien de l’autogestion yougoslave, avait suggéré très tôt à Tito de libéraliser partiellement l’économie du pays. La Slovénie a bénéficié des ouvertures économiques permises par le système yougoslave et s’est notamment spécialisée dans la transformation de produits semi-finis par les autres républiques fédérées pour les revendre sur les marchés internationaux.

Depuis les années 1960, la plus grosse entreprise du pays est Renault, installée à Novo Mesto. L’usine de Novo Mesto a été l’une des dernières à produire des 4L, largement vendues à travers toute la Yougoslavie. Depuis, elle alimente le marché européen en Kangoo et Mégane…

Depuis 1991 les autorités politiques slovènes se sont montrées prudentes sur les privatisations et ont limité l’ouverture des entreprises aux capitaux étrangers, et Bruxelles a même dû plusieurs fois rappeler au pays candidat les vertus supposées du libéralisme. La Slovénie a essayé de maintenir un secteur social important, de même que les garanties sociales héritées des aspects positifs du système communiste. Elle s’est ainsi frayée une voie propre, bien loin des excès ultra-libéraux de la Pologne ou d’autres pays entrés dans la transition vers l’économie de marché après la chute du communisme.

Même si durant la dizaine d’années qui ont suivi l’indépendance la Slovénie a tourné le dos à l’Est, et notamment aux autres républiques qui composaient l’ex-Yougoslavie, les entrepreneurs slovènes ont désormais compris que les implantations en Bosnie, en Serbie ou au Kosovo s’avéraient fructueuses. 

 

Adhésion à l’Union Européenne.

La Slovénie n’a gagné son indépendance qu’en 1991-1992 et certains Slovènes considèrent que celle-ci ne doit pas être cédée à nouveau, en particulier les nationalistes du Parti National Slovène (SNS). En 2002, lors des élections présidentielles, le candidat du SNS n’a obtenu que 8% des suffrages alors que tous les autres candidats étaient favorables à l’adhésion à l’OTAN et à l’UE. Cependant l’euroscepticisme et l’opposition à l’entrée à l’OTAN gagnent du terrain. C’est notamment l’entrée de la Slovénie dans le pacte de l’Atlantique nord qui inquiète certains Slovènes car ceux-ci estiment qu’elle sera coûteuse (il sera nécessaire d’augmenter les dépenses militaires pour se mettre au niveau technique exigé par l’Alliance), d’autant plus que le pays ne connaît aucune menace et que l’OTAN pourrait être contreproductif en important de nouveaux risques dans le pays, comme la menace terroriste.
L’adhésion à l’Union demeure souhaitée par la majorité des Slovènes, même si certains commencent à faire les comptes : comme candidate à l’entrée dans l’Union, la Slovénie bénéficie d’aides structurelles qui s’élèvent à 3% du PNB du pays. Lorsqu’elle sera un membre à part entière, à partir du 1er mai, le montant des aides va très rapidement baisser, en raison de la richesse du pays et la Slovénie pourrait être un contributeur net du budget de l’Union.  Certains Slovènes, qui ont le souvenir que dans la fédération yougoslave, en raison de la richesse de la Slovénie, celle-ci devait payer pour les autres, commencent à penser que les Slovènes devraient rester entre eux ! De plus les agriculteurs craignent la concurrence des produits importés des autres pays d’Europe. Mais les jeunes qui rêvent d’une Slovénie ouverte sur le monde, ou les entrepreneurs qui ont compris que la Slovénie pourrait être un lieu d’échange entre UE et Balkans, restant confiants dans l’adhésion.

 

par Adrien Brun

 

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