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Les pays du mois...- la Hongrie et la Slovénie

La Hongrie face aux minorités magyares depuis 1989

 

Les minorités hongroises dans les Etats limitrophes de la Hongrie (source: Office des Hongrois hors frontières)

 

La question des minorités magyares fut relancée au début des années 1990, suite à la chute du Mur de Berlin. La Hongrie a toujours su garder d’étroites relations avec les quelques 2,6 millions de Magyars citoyens des Etats voisins. Mais aujourd’hui, alors que Budapest se prépare à rejoindre l’Union Européenne le 1er mai prochain, beaucoup craignent que ces minorités qui demeureront dans des pays extracommunautaires soient marginalisés, et qu’un nouveau fossé se creuse de ce fait entre les Hongrois et les Magyars. A ce propos, quelles sont les relations actuelles entre ces deux communautés ? A l’heure actuelle, elles apparaissent très complexes, ne se résumant pas à la seule solidarité d’un Etat hongrois « mère-patrie » vis-à-vis des frères vivants à l’étranger. En réalité, leur relation obéit à une triple logique : une logique nationale hongroise, une logique régionale (relations de voisinage) et une logique d’intégration européenne.

 

I) LES RETROUVAILLES HUNGARO-MAGYARES

Au lendemain de la chute du communisme, le sort des « frères hors frontières » suscitait de fortes émotions en Hongrie, notamment en ce qui concerne les Magyars de Roumanie. Ainsi, le premier chef de gouvernement post-communiste Jozsef Antall se déclarait « dans l’âme le Premier Ministre de 15 millions d’Hongrois » pour une Hongrie qui ne compte que 10,5 millions d’habitants. La Constitution de 1990 affirmait même la responsabilité morale de la République à l’égard des minorités magyares : l’Etat hongrois apparaissait ainsi comme étant une puissance protectrice. Parallèlement fut créé l’Office des Hongrois Hors-Frontières, ainsi qu’une chaîne de télévision par satellite, Duna TV, prioritairement destinée à ces derniers. En fait, la redécouverte des minorités magyares s’était fait dès la fin des années 1970, avec notamment la publication de nombreux écrits par des auteurs magyars de Roumanie, de Slovaquie et de Yougoslavie, revenus en Hongrie. Peu à peu, le mouvement prit une tournure politique avec la naissance d’une identité ethno-culturelle de plus en plus marquée de part et d’autres des frontières. La fin du bloc soviétique ne fit que renforcer ce mouvement, d’autant plus qu’on s’inquiétait des résurgences de tentations nationalistes dans les pays limitrophes de la Hongrie. Les minorités considéraient avoir besoin de l’appui de la mère-patrie pour survivre ainsi que pour acquérir une certaine autonomie dans divers domaines, surtout culturels. Néanmoins, comme le souligne une spécialiste des questions magyares, Madame Antonela Capelle-Pogacean, dans un rapport d’une qualité rare et réalisé pour le CERI, « cette phase des relations hongro-magyares allait […] s’avérer de courte durée ». Aujourd’hui, elle apparaît comme lointaine…

 

II) LE TEMPS DES CHANGEMENTS

Il est vrai que les aspirations magyares à plus d’autonomie ethno-territoriale n’ont pas vraiment abouti depuis 1989. Mais force est d’avouer que leur statut juridique et politique s’est grandement amélioré depuis quelques années, et ce dans l’ensemble des Etats voisins de la Hongrie. Ceci est dû surtout aux changements de mentalité qui s’opèrent au sein des populations majoritaires, qui font suite à de longs processus. Ainsi, la reconnaissance des droits linguistiques et culturels (par exemple, le droit à l’éducation dans la langue maternelle) a connu une avancée spectaculaire, en grande partie grâce aux pressions des instances européennes. De plus, on observe une multiplication des institutions culturelles magyares qui résultent de la démocratisation récente de l’Europe Centrale et Orientale. L’apaisement de « la question hongroise » est une réalité : preuve en est la participation des organisations politiques magyares dans plusieurs gouvernements. En Slovaquie et en Serbie, elles sont intégrées dans les coalitions au pouvoir. Néanmoins, on remarque que dans ces pays, cette collaboration est instrumentalisée, rentrant plus dans une politique de séduction à l’adresse de l’Union Européenne qu’autre chose. Mais elle permet également de favoriser l’intégration politique des Magyares. Cependant, il est important de souligner que ces derniers apparaissent plus divers que ne veulent bien le dire les discours politiques, tant sur le point régional que national. Ainsi, en Roumanie, en Slovaquie, en Serbie et en Ukraine, leur situation économique, sociale et culturelle montre des variations importantes. A l’intérieur d’un même pays, le rapport à l’identité diffère, selon que les minorités magyares vivent en ville ou en campagne, en forte ou en faible groupe, etc… Ce phénomène est visible au sein même de la Hongrie, où 45% de la population entretient des liens de parenté, amicaux ou d’affaires avec les Magyars. Des Magyars dont le mouvement migratoire vers la mère-patrie tend à augmenter depuis 1989, notamment à cause de l’inconfort du statut minoritaire, des guerres yougoslaves ainsi que des disparités de développement entre la Hongrie et certains Etats voisins (Roumanie, Serbie). L’opinion publique hongroise apparaît pourtant opposée à cette immigration, avec près de deux tiers de la population qui rejettent toute idée d’une ouverture des frontières sans conditions à leur intention. Les gouvernements successifs ont donc essayé de ne pas trop favoriser le mouvement, tout en ne l’enrayant pas pour autant, notamment pour limiter le déclin démographique du pays (en 2050, la Hongrie pourrait ne compter plus que 8 millions d’habitants). Les Magyars, une fois « de retour » dans leur pays d’origine, sont généralement perçus comme des concurrents sur le marché du travail. En 2000, plus d’un Hongrois sur trois adhérait à cette théorie… Et pour ne rien arranger, l’adhésion du pays à l’UE est à l’origine d’une nouvelle polémique qui se résume de la manière suivante: quelles relations la Hongrie devra-t-elle garder avec les Magyars, alors qu’elle perdra une certaine part de sa souveraineté au profit de Bruxelles ?

 

par Adam Zohry

 

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