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Les pays du mois...- les pays baltes

La Lituanie - un pays neuf

 

                            

 

Statistiques succinctes

1. Géographie.
La superficie de la Lituanie (65 300 km²) est plus importante que celle de la Belgique, du Danemark ou de la Suisse.

La longueur des frontières est de 1846 km, dont 99 km de frontières maritimes. Le pays est frontalier au nord avec la Lettonie, au sud-est avec la Biélorussie et la Pologne, et au sud-ouest avec la région russe de Kaliningrad.
Ressources naturelles: gravier, sable, sable de quartz, gypse, dolomites, argile, tourbe, eau minérale, ambre etc. De gisements de pétrole ont été découverts en Lituanie. Le centre géographique de l’Europe, si on la limite du détroit de Gibraltar à l’Oural, se situe à 25 km au Nord de Vilnius, la capitale. Ce dernier a été calculé par l’Institut national géographique de France en 1989

2. Population
Actuellement la population totale de la Lituanie est de 3, 484 millions d’habitants, dont des minorités nationales : 6,3% des citoyens sont d’origine russe, 6,7% d’origine polonaise, 1,2% d’origine biélorusse, 83, 5% des lituaniens et 2,3% d’autres ( parmi laquelle d’origine juive, allemande, lettonne, tartare).
Il y a aussi un million de lituaniens habitant aux Etats-Unis, au Canada, en Grande Bretagne, en Pologne, en Allemagne et en Australie.
La population urbaine représente 67% de la population totale et 33% de la population habite à la campagne. 46,8% de la population sont des hommes et 53,2% - des femmes.

3. Villes principales
Les villes les plus importantes sont: Vilnius (576000 habitants), Kaunas (415000 habitants), Klaipeda, le plus grand port des Pays Baltes qui ne gèle pas en hiver (203000 habitants), Šiauliai (147000 habitants) et Panevežys (132000 habitants).

 

4. Langue officielle
Le lituanien est la langue officielle de la République de Lituanie.
Le lituanien (et le letton) est un des deux représentants d’un groupe linguistique particulier, le groupe des langues baltes, qui constitue un rameau indépendant de la grande famille linguistique indo-européenne.
Le lituanien est la langue qui a le mieux conservé l’ancien système vocalique et nombre d’archaïsmes morphologiques du proto-indo-européen (sanscrit).

5. Religion
La majorité des Lituaniens sont catholiques (environs 90%). Il existe également un grand nombre d’orthodoxes, de luthériens, d’évangélistes reformés, de baptistes, ainsi que des adeptes de l’islam et du judaïsme. L’Eglise est séparée de l’Etat et toutes les religions sont égales devant la loi. Les écoles secondaires proposent des cours de catéchisme facultatifs.

 

Histoire

Les Baltes, populations d’origine Indo-Européenne, s’installèrent sur le territoire actuel de la Lituanie entre le VIe et le IIe siècles Av.J.-C.
Le nom de la Lituanie fut mentionné pour la première fois en 1009 dans les chroniques allemandes (teutoniques).

La Lituanie s’affirma comme Etat avec l’émergence du Grand Duché de Lituanie au XIIe siècle, sous le règne de Mindaugas, premier Roi lituanien qui fut couronné en 1253.

En 1385 la Lituanie et la Pologne signèrent le traité de Kreva à la suite duquel le Grand Duc Jogaila (Jagellon) épousa la Princesse polonaise Jadvyga (Hedwige) et devint le Roi de Pologne. En signant ce traité la Lituanie s’engagea à se convertir au christianisme ce qui lui permit de resserrer les liens avec l’Europe occidentale et donna une impulsion à son développement économique et culturel.
Bien que n’ayant adopté le christianisme qu’en 1387, le pays dut faire face, pendant les 200 ans de son existence en tant que territoire unifié, aux attaques constantes de l’ordre des chevaliers Teutoniques et Livoniques.
Non seulement l’ordre Teutonique et Livonique échoua dans la conquête de la Lituanie, mais à la fin du XIVe siècle la Lituanie devint l’un des pays les plus puissants d’Europe de l’Est. En 1410, sous la direction du Grand Duc lituanien Vytautas le Grand, les forces unies du Grand Duché, liés à l’armée du royaume de Pologne, écrasèrent l’Ordre Teutonique une fois pour toute, lors de la bataille de Žalgiris (Grunwald-Tannenberg). Le Grand Duché de Lituanie fut aussi responsable de l’arrêt de l’invasion de la Hordre d’Or vers l’Europe de l’Ouest.

Après la signature du traité de Lublin (Union de Lublin) en 1569, la Lituanie forma avec la Pologne un Etat commun, la Rzeczpospolita. Il est intéressant de remarquer qu’en 1572 Henri de Valois, frère de Charles IX, le roi de France, fut choisi par la noblesse polono-lituanienne comme le roi de la Rzecpospolita. Mais il ne resta pas longtemps car ayant appris la mort de son frère, il abandonna la Rzecpospolita pour monter sur le trône de France sous le nom de Henri III. La Rzecpospolita exista jusqu’en 1795, date à laquelle la Russie annexa la majeure partie de la Lituanie.
L’occupation de la Lituanie par la Russie tsariste dura tout le XIX siècle et jusqu’à la première guerre mondiale. Elle a été marqué par deux soulèvements de masse du 1831 et 1864. Suite à ce dernier l’interdiction de la langue lituanienne a été instauré, ce qui n’a pas empêché une renaissance lituanienne et l’apparition de l’élite nationale moderne.

Le 16 février 1918 le Conseil lituanien (Taryba) proclama l’indépendance de la République de Lituanie. En 1921, la Lituanie adhéra à la Société des Nations. Pendant les vingt-deux années de l’indépendance de l’entre deux guerres, la Lituanie se développa dans toutes les sphères de sa vie nationale et internationale. Le premier représentant diplomatique de Lituanie en France (entre 1920 et 1925) était poète Oskaras Milašius (Milosz).
De 1940 à 1990 la Lituanie fut occupée par l’Union Soviétique. Lors de cette occupation le peuple lituanien souffrit des répressions staliniennes et endura les déportations massives vers la Sibérie.
Le 11 mars 1990 la Lituanie rétablit son indépendance. Une année plus tard elle fut reconnue par la plupart des pays du monde, premièrement par les pays de l’UE, dont la France, les Etats Unis d’Amérique, la Russie etc.

 

Avec neuf autres Etats, la Lituanie se prépare activement à intégrer l’Union européenne en mai. Ce pays balte historiquement européen qui a quitté le giron russe il y a treize ans est aujourd’hui un véritable Etat de droit et une économie de marché viable résolument tournée vers les marchés occidentaux, même si l’on avance souvent que près de 25% de son économie provient du marché noir. Le nouveau président récemment élu Rolandas Paksas a affirmé que l’adhésion de son pays à l’UE serait l’une de ses priorités. Des pommes de discordes persistent néanmoins : la question de la centrale nucléaire d’Ignalina, de type Tchernobyl, et le dossier agricole. Du côté des autorités européennes, on s’inquiète aussi d’une importante corruption dans l’administration et de la sécurité aux frontières lituaniennes qui deviendront celles de l’Union. Mais tout cela ne semble pas entamer le désir d’appartenance à l’Europe d’une population qui s’est prononcée massivement pour l’adhésion à l’Union Européenne.



Un pays profondément européen
La Lituanie est un très ancien pays européen que les aléas de l’histoire ont à plusieurs reprises séparé du monde occidental. Première république de l’ex-URSS à faire sécession, elle n’est réapparue sur la scène internationale et dans nos manuels d’histoire qu’en 1991, date de la reconnaissance de son indépendance. A l’inverse de ses deux voisins baltes, la Lettonie et l’Estonie, davantage tournées vers la Scandinavie et le monde germanique, la Lituanie appartient historiquement au monde de l’Europe centrale catholique romaine, ce qui lui confère d’importantes affinités culturelles avec l’ouest. Et malgré un demi siècle de régime soviétique, ce pays balte de 3,7 millions d’habitants est parvenu à préserver son identité culturelle et linguistique.
Depuis l’acquisition de son indépendance, la Lituanie poursuit le but d’entrer dans l’Union européenne. Chaque mesure, chaque loi votée depuis douze ans vont dans le sens de cette échéance qu’elle considère comme une évidence. Les différents gouvernements qui se sont succédés ont fait progresser le pays sur cette voie et cette persévérance a payé : selon le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, la Lituanie et ses deux voisines baltes, la Lettonie et l’Estonie, sont les seules républiques de l’ancienne Union soviétique à avoir réussi leur transition vers l’économie libérale de marché. L’économie lituanienne est par ailleurs largement tournée vers l’UE qui accueille 47,8% de ses exportations et représente 44% de ses importations.
Côté politique, la Constitution lituanienne adoptée par référendum en octobre 1992 a instauré une démocratie parlementaire. Dans tout le pays, les Droits de l’Homme et le respect des minorités sont garantis. Plus rien ne s’oppose désormais à l’adhésion de la Lituanie qui entrera dans l’UE le 1er mai 2004.


De multiples atouts géographiques et économiques
Nul doute que l’adhésion de la Lituanie représente un plus pour l’Union européenne. Par sa position géographique, elle est une véritable tête de pont vers la Scandinavie. Avec ses voisins baltes, elle représente le chaînon qui manquait à une véritable Europe unifiée. Peu doté en ressources naturelles, ce pays compense ce manque par une main d’œuvre qualifiée et un environnement législatif favorable à la création d’entreprises. Il est ainsi plus avantageux de s’implanter en Lituanie qu’en CEI, la Communauté des Etats Indépendants : toutes sortes de commodités sont offertes aux entrepreneurs qui bénéficient par ailleurs de facilités portuaires et de la proximité des grandes villes nordiques. L’industrie est particulièrement dynamique dans les secteurs de la chimie, du textile et de la métallurgie.
Dans ce contexte, la Lituanie affiche aujourd’hui une bonne situation économique et financière. La mauvaise passe issue de la crise russe de 1998 est terminée et la croissance du PIB, surtout tirée par les exportations, se maintient depuis l’année dernière aux alentours de 5%, un chiffre qui devrait selon les prévisions perdurer au moins jusqu’en 2005. Le chômage reste certes élevé mais amorce une légère baisse : il atteignait 12,5% de la population active en 2001, 11,5% en 2002 et s’est limitée en 2003 à 11,1%. Par comparaison, le taux de chômage en Pologne ou en République Tchèque, deux « grands », atteint presque 20% de la population active.
L’inflation est quant à elle convenablement maîtrisée : de 1,3% sur l’année en 2001, elle a été ramenée à 0,8% en 2002.
Enfin, la Lituanie est parvenue à faire chuter son déficit budgétaire de manière spectaculaire : de 8% du PIB en 1999, celui-ci est passé en 2002 à 1,9%. Ces bons résultats permettent au pays de prétendre à une adhésion à l’euro, une nouvelle échéance que Vilnius souhaiterait atteindre dès 2007.


Deux pommes de discordes : la centrale nucléaire d’Ignalina et la PAC
Si l’adhésion de la Lituanie à l’Union européenne est désormais certaine, des points de divergence persistent. Dans la ligne de mire des autorités européennes : la centrale nucléaire d’Ignala, à l’est du pays. Pour des raisons de sécurité et dans le but d’éviter un « nouveau Tchernobyl », Bruxelles souhaiterait la voir démantelée en 2009 au plus tard. Au grand dam du milieu scientifique et des 4600 employés du site, surtout à l’heure où leurs voisins finlandais ont fait le choix du nucléaire, la Lituanie s’est engagée à répondre aux exigences de l’exécutif européen. Mais Rolandas Paksas, le nouveau président fraîchement élu qui affirme pourtant ses opinions pro-européennes, prône le maintien en activité de la centrale. M. Paksas ne pourra certainement pas empêcher la fermeture d’Ignala, mais ce sujet reste une source de mésentente et pourrait, le moment venu, nuire à l’image de l’UE dans l’esprit des Lituaniens.
Autre pomme de discorde : la politique agricole commune. La Lituanie est en effet le plus agricole des Etats baltes : elle tire 22% de ces richesses de ce secteur. Les décisions concernant les quotas laitiers, jugés trop faibles, et la limitation des aides directes aux exploitants dans les premières années de l’adhésion ont soulevé la colère des citoyens désireux de tirer des avantages de leur entrée dans la grande famille européenne. Déterminé à ne pas provoquer un sentiment anti-européen dans la population, le gouvernement a précisé que les soutiens financiers attribués dans un premier temps, équivalents à 25% des aides versées aux agriculteurs des Etats membres actuels, représentaient tout de même « trois fois plus » que ce que perçoivent aujourd’hui les paysans du pays. Ceci est un fait, mais l’opinion publique lituanienne peine à comprendre pourquoi les autorités européennes exigent des futurs adhérents une reprise presque sans faille de l’acquis communautaire sans leur octroyer, dès l’instant de leur adhésion, les mêmes avantages qu’aux Etats membres actuels.

Corruption et sécurité aux frontières : des combats difficiles à mener
A l’instar de nombreux pays d’Europe centrale, la Lituanie est confrontée à un important problème de corruption, un sujet sur lequel l’UE ne transige pas. Vilnius a adopté un programme national de lutte contre ce fléau et, selon le rapport d’évaluation de la Commission établi en octobre 2002, celui-ci a permis d’accomplir des progrès considérables. Mais selon ce même rapport, «des efforts soutenus devront être fournis par les instances chargées de l’exécution et les ministères de tutelle pour garantir la mise en oeuvre des mesures». En effet, la corruption au sein de l’administration reste préoccupante et le nouveau chef de l’Etat Rolandas Paksas, qui prône le respect de la loi et de l’ordre, entend bien résoudre ce problème.
La Lituanie possède en outre de longues frontières sensibles avec la Russie, la Biélorussie, et le territoire russe de Kaliningrad qui seront, après l’élargissement celles de l’Union européenne. Dans le but d’intégrer l’espace Schengen, Vilnius doit accroître la sécurité à ces frontières afin d’empêcher l’immigration clandestine et trafics en tout genre. Le Premier ministre Algirdas Mykolas Brazauskas a récemment indiqué que la Lituanie avait «besoin d’aide pour appliquer les règles de Schengen», un appel auquel l’UE a répondu : entre 2004 et 2006, l’Union versera 136 millions d’euros à la Lituanie dans ce but. Une aide substantielle qui devrait permettre à l’Etat balte de jouer efficacement son rôle de «garde-frontières» de l’Union.



Malgré les injustices ressenties par le peuple lituanien, son désir d’arrimage à l’Europe reste intact, à l’exception peut-être des habitants des zones rurales et de quelques personnes âgées. Une majorité de la population devrait donc voter positivement au référendum sur l’adhésion qui se déroulera le 11 mai prochain et exprimer par là même sa volonté d’appartenance au monde occidental. Soixante-quatre ans après la signature du pacte germano-soviétique qui a rejeté la Lituanie et ses voisines baltes dans l’URSS, l’entrée dans l’UE symbolisera la réparation de ce faux-pas de l’histoire et permettra enfin à ce pays de tourner définitivement la page d’une douloureuse histoire.

 

par Pierre Catalan

 

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