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HISTOIRES CROISEES:

SLOVAQUIE et TCHEQUIE

 

A l’aube de l’histoire

Tout commence, comme partout en Europe, par une histoire d’invasions répétées. Les Celtes s’installent sur le territoire slovaque et tchèque entre le IIIe et le Ier siècle avant J-C. Puis ce sont les Germains et Avars. Les Slaves commencent à pénétrer la région autour du VIe siècle après J-C, en s’installant autour des grandes rivières – dans la vallée du Danube en Slovaquie et celle de la Vltava en Tchéquie. En 833 la Grande Moravie naît dans la région fertile et du fleuve Morava, et réunit pour la première fois les Tchèques et les Slovaques sous sa couronne. Cet empire a une importance capitale pour le développement du monde Slave, puisque les deux missionnaires Byzantins, Cyrille et Méthode, suite à l’invitation personnelle du prince, y introduisent en 863 l’écriture « glagolitique » - ancêtre de l’alphabet « cyrillique » - afin de retranscrire les textes religieux en langue Slave, qui donna ensuite naissance à toute la famille des langues ainsi appelée. En effets, sans la dominante influence latine, venue d’Allemagne quelques siècles plus tard, les Slovaques et les Tchèques utiliseraient aujourd’hui encore l’alphabet russe !

 

Longues années de subordination

Après la courte période de cohabitation des slovaques et des tchèques sous la Grande Moravie, les chemins de ces deux peuples divergent pour plusieurs siècles. Tandis que le centre du pouvoir tchèque se déplace définitivement en Bohême, les Hongrois arrivent dans la plaine danubienne, et dès lors – et pour longtemps – l’histoire des Slovaques est liée à celle de la Hongrie. Les Tchèques vivent leurs années de gloire au XIVe siècle, lors du règne du roi Charles IV, empereur du Saint Empire Romain Germanique qui a inauguré le riche héritage culturel, artistique et intellectuelle de la nation. En 1526, néanmoins, après une série de guerres réformiste, les Tchèques sont, eux aussi, soumis au pouvoir étranger – celui des Habsbourg.

 

Le Printemps des peuples

Au moment des « Renaissances nationales » du XIXe siècle, la vie culturelle des Slovaques et des Tchèques est trépidante : de la part des deux nations, un effort énergique est entrepris pour cultiver leurs langues, n’existant à l’époque que dans les campagnes, suite aux plusieurs siècles de  magyarisation  et de germanisation (des Slovaques et des Tchèques respectivement). Les intellectuels des deux peuples se mettent à reconstituer l’histoire nationale – c’est à cette époque romantique que naissent la plupart des légendes héroïques, et que l’homme paysan, le Slave pur, est glorifié, car c’est lui qui transmettra l’esprit et les anciennes traditions Slaves aux futures générations.

Ainsi, les langues slovaque et tchèque se codifient, les premiers dictionnaires et les premiers écrits littéraires sont publiés, comme par exemple en 1824  La Fille de Sláva, de Jan Kollar – poème lyrique parlant de la déesse des Slaves. Le mouvement de renouveau national s’amplifie avec la Révolution de 1848, qui voit par exemple la naissance à Vienne d’un « Conseil National Slovaque » aussi qu’un « Conseil National Tchèque ». En 1863 est fondée la Matica slovenska afin de protéger et promouvoir la culture nationale slovaque. Mais avec le compromis de la « Double couronne » en 1867, qui crée l’Autriche-Hongrie, commence une longue période de désenchantement. La magyarisation est reprise en Slovaquie : les lycées slovaques sont supprimés en 1874 et la Matica slovenska en 1875. En Tchéquie, des mesures moins oppressives sont mises en place par les Autrichiens, mais la nation souffre d’un sévère coup de force tout de même.

 

La Tchécoslovaquie naissante

Les mouvements oppresseurs ne sont interrompus qu’à la fin de la Première Guerre Mondiale, en raison de la défaite Austro-Hongroise. Suite à la conférence de paix à Versailles, la Tchécoslovaquie est proclamée en 1918, et dès lors commencent à la fois une « reslavisation », mais également la « tchéquisation » d’un pays où à peine deux tiers de la population était soit tchèque soit slovaque. Au sein de cet Etat hétérogène (comprenant, entre autres, des Allemands, des Ruthènes et des Polonais), la région slovaque, agricole et fortement catholique, fait figure de parent pauvre par rapport à la Bohème industrialisée de culture protestante, et se trouve sous totale domination économique et culturelle de l’ancienne « épaule industrialisée » de l’Empire Austro-Hongrois. De nombreux professeurs et ingénieurs tchèques sont envoyés en Slovaquie, mais aussi des gendarmes, facteurs ou chefs de gare. Malgré le grand – et indispensable – apport des Tchèques, les Slovaques font donc des propositions pour obtenir plus d’autonomie, mais en vain.

Toutefois, un premier État slovaque, en tant qu’entité géographique, apparaît en 1938, lorsque Hitler place la Bohème et la Moravie sous protectorat allemand après la conférence de Munich. Mais peut-on vraiment dire que la Slovaquie était alors indépendante ? Tandis que les Tchèques, officiellement rajoutés au Troisième Reich, armaient les Allemands, le gouvernement slovaque collaborait pleinement avec le régime nazi auquel il servait de vitrine : même un petit Etat pouvait être indépendant en Allemagne Nazie. Pourtant, cet Etat ne durera, pour avoir été soumis à Hitler, que le temps d’une guerre, et 1945 sera de nouveau fondu dans le « collage » tchéco-slovaque sur la carte politique de l’Europe. 

 

L’ère communiste

Ainsi, dès la fin de la Seconde Guerre Mondiale, la Tchécoslovaquie est recomposée, et très rapidement – en février 1948, avec le « putsch parlementaire » de Klement Gottwald – devient une démocratie populaire. Cela n’empêche en rien les revendications autonomistes des Slovaques, mais toujours en vain. La Slovaquie apporte néanmoins deux présidents à la Tchécoslovaquie : Dubček, qui amorce le « Printemps de Prague » de 1968 et tente de créer un « socialisme à visage humain », et Husák qui entame la « normalisation ». Celle-ci dure jusqu’en 1989, et fait du régime tchécoslovaque l’un des plus rudes d’Europe. Après la chute du Mur de Berlin, la « Révolution de Velours » – ou « Révolution douce » pour les Slovaques – met fin au communisme, et favorise, en 1990, la création d’une provisoire Fédération tchécoslovaque.

 

Deux pays, une route vers le futur

Le 1er janvier 1993, la Tchécoslovaquie est décomposée en deux Etats : la République tchèque et la République slovaque. Cette dernière subit alors une période d’instabilité politique assez importante : pour ne prendre qu’un exemple, il n’y avait pas de président entre 1998 et mi-1999, ce qui permit au Premier ministre Vladimir Mečiar d’obtenir – comme cela est prévu par la constitution – une partie des pouvoirs habituellement attribués au président. Parmi ceux-ci se trouvait celui d’amnistie dont il aurait abusé – en s’amnistiant lui-même. Toute une série d’affaires, ainsi que la question de la minorité hongroise du sud du pays, ont jeté un certain discrédit sur la jeune république, au point que son entrée dans l’Union européenne n'était pendant quelque temps pas envisagée dans la première vague d’intégration. Quant aux tchèques, la première moitié des années 1990 s’est jouée sous le signe de la difficile transition économique, liée à l’ouverture au marché libre, la privatisation de la propriété privée et à la réstructuralisation institutionnelle. En ce qui concerne les relations internationales, la Tchéquie devait à cette époque beaucoup à son président, Vaclav Havel, qui, en tant qu’ancien dissident, promouvait les intérêts de la paix et de la démocratie dans le monde entier est demeure aujourd’hui encore (après avoir été succédé dans son poste de Chef d’Etat par Vaclav Klaus en 2003) un personnage très aimé tant dans son pays qu’à l’étranger.

 

En 1998, l’arrivée du gouvernement de Mikulaš Dzurinda en Slovaquie change en partie la donne, qui favorisait la Tchéquie dés le début de la séparation. Ainsi, après de réformes rapides de rattrapage, le jour du 1er mai 2004, les deux composantes de l’ancienne Tchécoslovaquie, la République slovaque et la République tchèque, entreront main dans la main dans l’Union européenne.

 

par Julie Buzalkova et Benjamin Roubaud

 

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