

«L'Europe, à l'évidence, n'existe pas. Elle n'est ni un continent, ni une culture, ni un peuple, ni une histoire. Elle n'est définie ni par une frontière commune, ni par un destin ou un rêve communs.» Dans Europe(s), Jacques Attali lance une idée assez surprenante.
On pourrait alors lui répondre
que pas grand-chose n'existe, à commencer par l'Etat, qui n'est après tout lui
non plus pas figé, réalité aux frontières mal définies, réalité que les
individus conçoivent et vivent de manières très différentes. Réalité
unique, l'Etat? Pourquoi ne pas plutôt préférer parler de l'Etat(s), comme le
fait M. Attali pour l'Europe(s)?
Le problème n'est de toutes façons pas là. Au contraire, cette façon de voir les choses peut être assez stimulante. Toutefois penser en termes d'Europe(s) ne doit pas nous empêcher de penser à l'Europe. Et si l'Europe n'est pas définie par une histoire commune, ne doit-on pas reconnaître qu'il existe du moins une tradition historique de réflexion sur ce qu'est l'Europe? Une tradition qui s'appuie sur des mythes communs, qui partage des références communes, et dont les idées deviennent les références des générations futures?
Alors que l'UE s'élargit,
elle se diversifie également. On peut – et on doit – y voir l'occasion d'un
enrichissement culturel pour l'Europe. Mais il ne faut pas oublier que les
diversités, sources de débat, peuvent aboutir à des avancées, mais aussi à
des mésententes et à des blocages. L'Europe(s) n'est pas l'ennemie de
l'Europe, mais un trop grand relativisme ne porte-t-il pas en lui des dangers
dont nous devons être conscients?
L'Europe n'existe pas? A nous de la faire, en respectant les Europes. Une série d'articles revenant sur le passé de l'Europe(s) nous a donc semblée pertinentes, à l'heure où de nouveaux pays vont nous rejoindre.
L'Europe a d'abord été une Europe des empires et des – de la – religion(s). Des origines à la Renaissance, le premier article y revient.
L'Europe a également été l'Europe des clercs et des penseurs. Le mouvement a commencé dès le Moyen-Age. Mais c'est avec les Lumières qu'il prend de l'ampleur. Pourtant, la montée de l'idée d'Etat-Nation a mis à mal cette construction européenne, qui, de toutes façons, n'avait pas une portée considérable au-delà de quelques cercles d'"intellectuels" (même si le terme est anachronique). Le deuxième article devrait traiter de la période s'étalant des Lumières à la Première Guerre Mondiale.
L'Europe est aussi, depuis
les années 50, une réalité politique. Réalité multiforme, parfois trop éloignée
des citoyens, parfois trop préoccupée d'objectifs seulement économiques, mais
une réalité quand même. On se penchera sur la construction de cette Europe économique
et politique dans un troisième article.
Une petite précision s'impose : il est, incontestablement, impossible de
traiter de ce sujet aussi rapidement. Les articles ne feront que donner quelques
orientations, nécessairement partielles et partiales. De ce fait, il ne faut
pas voir dans la séparation des différentes périodes l'expression de la réalité
historique telle qu'elle a été vécue par les hommes des différentes époques,
mais plutôt une tentative de distinguer, rétrospectivement, des lignes
directrices et des évolutions. Qui dit tri, choix, dit critères. Les miens, il
faut le dire, ont été "politiques". Au sens où j'ai eu tendance à
insister sur ce qui fait référence à ce que j'aime dans l'idée européenne.
Qu'on m'en excuse. Et, compte tenu de mes expériences et de mes connaissances
limitées, je n'ai que peu évoqué certains aspects de l'histoire européenne. Je
me réjouirais par exemple qu'un de mes camarades écrive sur la tradition européenne
dans les pays qui vont entrer dans l'UE en 2004, car elle existe, particulièrement
en Pologne ou en Tchécoslovaquie.
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Deuxième partie: L'idée européenne, des Lumières à la Première Guerre Mondiale
Troisième partie: L'idée européenne de la Première à la Seconde Guerre Mondiale
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