Les pages "Europe"
Le Bien Public - z'EST d'Europe
Hongrie
|
Interview avec un architecte hongrois Un architecte au sein des relations entre Bourgogne et Hongrie
L’expérience de Jacques Marmarosi, architecte hongrois comptant de nombreuses réalisations en Bourgogne, préfigure le développement des relations entre ce pays et notre région suite à l’élargissement. Quelle a été la motivation qui vous a amené à choisir Dijon ?Je suis arrivé en 1966 à Dijon, dix années après mon départ de Hongrie suite à la répression de l’insurrection [par les troupes soviétiques du soulèvement de Budapest contre le régime communiste en 1956, ndlr]. J’étais alors un jeune architecte diplômé de l’école d’architecture de Strasbourg. Après avoir passé deux années à Paris j’ai eu plusieurs propositions sur toute la France. J’ai donc lancé une pièce sur la carte de France, elle est tombée sur Beaune, j’avais une proposition à Dijon et j’ai donc déménagé. Quel est l’aspect positif que vous retenez de votre installation en Bourgogne ?C’est pour moi le début de ma carrière d’architecte, j’ai tout de suite connu un succès tel qu’au bout de 2 ans j’ai pu me mettre à mon compte. Mais c’est également l’accueil des gens, que je n’oublierai jamais, je me suis fait de nombreux amis en Bourgogne que j’ai réussi à intéresser à la culture de mon pays, et de ce fait, beaucoup sont partis découvrir la Hongrie eux-mêmes ! Avez-vous éprouvé des difficultés par rapport au fait que vous êtes Hongrois ?Non pas vraiment, même si dans mon travail certains jalousaient ma réussite, je n’ai pas subi cela comme inconvénient. Au contraire, lors de chantiers j’ai été amené à rencontrer d’autres Hongrois qui travaillaient là également avec lesquels j’ai pu sympathiser. Y a-t-il quelque chose qui vous a particulièrement manqué en Bourgogne par rapport à la Hongrie ?La cuisine bourguignonne étant à la fois riche et variée, je n’ai eu aucun problème à m’adapter à la gastronomie. Mes parents étaient très fiers de ma réussite à l’Ouest, aussi ma famille m’a peu manqué, d’autant que dès que j’ai pu je les ai fait beaucoup voyager et nous avons réussi à nous voir souvent. Y a-t-il une expression ou un mot qui vous vient pour évoquer la Bourgogne ?En Hongrois, la pomme de terre se dit « burgonya », car ce sont les Bourguignons qui l’ont introduite dans mon pays. Et je dois admettre que lorsque j’entends le mot « Bourgogne » cela m’évoque d’abord la pomme de terre ! Il y a également les fêtes de la vigne où mon frère qui est danseur représentait avec sa troupe la Hongrie, ce fut un moment inoubliable de voir dans ma ville d’adoption des éléments de la culture hongroise. Pouvez–vous nous parler de quelques-unes de vos réalisations en Bourgogne ?Un de mes premiers grands chantiers fut la construction de 340 logements et parkings au bord du lac Kir. J’ai également gagné le concours pour réaliser le Carmel de Dijon ce qui était assez complexe car c’est un petit village en soi. D’autre part, grâce à mes nombreux amis viticulteurs, j’ai également construit plusieurs caves à vins dans le vignoble bourguignon. Et j’ai également construit des bâtiments publics, comme par exemple la piscine de Nuit St Georges. Que pensez vous que la Hongrie va apporter à l’Union Européenne ?Si vous mettez les dictionnaires hongrois et français côte à côté, vous observez que le Hongrois est bien plus gros, il y a donc de nombreux mots qui n’ont pas d’équivalent en Français. La traduction du Hongrois au Française sera donc grandement simplifiée ! J’ai lu des grandes œuvres de la littérature française en Hongrois et je trouve qu’il y a une sensibilité et des émotions que l’on peut plus facilement faire passer en hongrois. Il y a également une richesse de la culture magyare que j’espère les Européens vont se plaire à découvrir.
L’exemple de M. Marmarosi est ainsi un exemple d’intégration parfaitement réussie, qui préfigure probablement ce que l’élargissement du 1er mai 2004 peut apporter tant à l’Europe de l’Est qu’à l’Europe de l’Ouest.
Maximilien Menand-Chambon
|
||||||||||
|
Saviez-vous que… ?
La Hongrie est un pays peu montagneux, sachant que le point culminant (Kékes-tető) est seulement de 1014 m, ce qui n’empêche pas la multiplication des stations de ski. Le hongrois (ou magyar) n’est pas une langue slave comme la majeure partie des langues parlées en Europe de l’Est. Elle s’apparente plutôt aux langues finno-ougriennes comme l’estonien ou le finnois et utilise toutefois l’alphabet latin. Du fait des différents échanges (voisinage slave, occupations ottomane et autrichienne), 90% du vocabulaire quotidien est emprunté aux langues slaves, germaniques, latines et turques. La Hongrie, qui n’a plus d’accès sur la mer depuis Trianon, possède toutefois le plus grand lac d’Europe centrale, le lac Balaton qui a une superficie de 670 km², avec une profondeur moyenne de 4,5 mètres. Toutefois la présence de nombreuses algues et l’assèchement naturel de ce lac empêche d’en faire le centre touristique de la Hongrie. Budapest –capitale actuelle du pays- n’a pas toujours été une ville : ce n’est qu’en 1873 que l’on unifia Buda (capitale historique), Pest (capitale économique) et Obuda (ville bâtie sur les vestiges d’un camp romain, Acquincum). Comme Paris et Vienne, Budapest connut un bouillonnement artistique et architectural durant la Belle Epoque. La Hongrie a adopté un régime politique très proche du modèle britannique, caractérisé par la suprématie du parlement, et un bipartisme de coalition. D’ailleurs le Parlement de Budapest le « Ország Háza » (1894) est inspiré de l’architecture du parlement de Westminster. La Hongrie recèle de nombreux vignobles, dont certains sont très réputés, comme le Tokaji Aszu, vin provenant de la ville de Tokaj. Jouissant d’un sol riche en débris volcaniques et en loess ainsi que d’un microclimat plus ensoleillé, sa teneur en sucre est plus importante et sa robe revêt des coloris dorés. Il fut (et est toujours) très apprécié de toutes les tables européennes, notamment royales, d’où son surnom : Vinum regnum, rex vinorum (roi des vins, vin des rois). La Hongrie est le moins francophone des pays d’Europe centrale et orientale, toutefois le nombre d’écoles bilingues franco-hongroises ne cesse de croître. D’ailleurs, deux des plus grands poètes du début du XXème siècle, Endre Ady (1877-1919) principal représentant du symbolisme hongrois et Attila József (1905-1937) chef de file de l’expressionnisme hongrois, étaient des francophiles et écrivaient parfois en français.
Clément Duclos et Gábor Iffland
|
||||||||||
|
La Hongrie, les Hongrois et l’élargissement Un cas complexe d’intégration
La Hongrie est un pays à diasporas : de nombreuses minorités hongroises peuplent les pays voisins. C’est un sujet important dans la perspective de l’élargissement. Un pays à géométrie variable : chronologie. 1867 : la Hongrie, l’une des nations historiques de l’empire autrichien acquiert une reconnaissance par l’Autriche et forme avec cette dernière l’empire austro-hongrois ; le double empire naît avec à sa tête l’empereur François Joseph lors du compromis austro-hongrois. 1920 : morcellement de l’empire ; création du Royaume de Hongrie suite au Traité de Trianon (qui clôt la Première guerre mondiale pour ce pays); la Hongrie perd les deux tiers de son territoire et un tiers de la population hongroise se retrouve hors des frontières, créant le problème des minorités (voir encadré) 1949 : prise du pouvoir par les communistes proches de Moscou (Rákosi prend le pouvoir) 1990 : chute du communisme, la Hongrie devient la République de Hongrie, Etat démocratique, au régime parlementaire. Les modifications territoriales de la Hongrie laissent donc quatre millions de Hongrois hors de leur « pays » ceux ci se retrouvant dans des Etats où ils sont minoritaires numériquement.
Les minorités nationales ; source de tensions La question des minorités en Europe centrale et orientale est une source importante de tensions : en effet la présence sur son sol de populations appartenant à une nation voisine met le gouvernement local sous pression ; ainsi il se doit, au nom des droits individuels ainsi que de ses relations diplomatiques, de garantir les droits collectifs des minorités mais aussi favoriser la protection et la promotion de la culture de la minorité. Dans le « pays d’origine », la question minoritaire secoue aussi les gouvernements, et fait des émules parmi la population. En effet, les politiques se font souvent les protecteurs de la « grande Nation », au risque de verser dans le nationalisme, et dans l’irrédentisme. Viktor Orbán, ancien Premier ministre se décrivait non pas comme le ministre des 10 millions de Hongrois de Hongrie, mais comme le ministre de 15 millions de Hongrois (les minorités étant incluses de façon insidieuse dans la légitimité électorale des chefs d’Etat et de gouvernement). Lorsque l’irrédentisme va trop loin, l’affrontement avec le voisin peut être un recours, comme l’ont montré les tristes événements des minorités allemandes du territoire des Sudètes en Tchécoslovaquie en 1938, prélude à la Seconde Guerre mondiale, ou encore les décrets Beneš (1948) expulsant une partie des minorités allemandes et hongroises de Tchécoslovaquie.
4 millions de Hongrois hors de la Hongrie ; et bientôt hors de l’UE pour certains L’adhésion de pays limitrophes comme la Slovaquie et plus tard la Roumanie va permettre aux minorités hongroises d’obtenir une double certitude : d’une part une garantie de leurs droits collectifs par les institutions européennes (même si la Roumanie et la Slovaquie ont déjà signé des traités de bon voisinage avec la Hongrie statuant ainsi sur le sort des minorités hongroises), d’autre part une possibilité accrue de circuler d’un pays à l’autre. Toutefois, le sort des minorités présentes sur les sols serbe, croate, et ukrainien pose problème dans la mesure où l’adhésion de ces pays ne semble pas être à l’ordre du jour, et que la frontière entre pays membres et pays non membres sera encore plus hermétique, rendant difficile la possibilité de se rendre en Hongrie, sauf dans le cas de l’obtention d’un visa. On le voit, l’adhésion de la République de Hongrie à l’Union Européenne le 1er mai 2004 ne signifie nullement l’adhésion de tous les Hongrois, et soulève chez certains d’entre eux de réelles craintes.
Gábor Iffland et Clément Duclos
Les minorités hongroises
Le traité de Trianon La signature du traité de paix avec l’Autriche-Hongrie, empire multiethnique et pays vaincu lors de la Grande Guerre, eut lieu dans le château du Petit Trianon à Versailles, le 4 juin 1920. L’empire fut démantelé sans prendre en compte ni sa composition ethnique ni le principe de l’autodétermination des peuples. La Hongrie se vit réduite au tiers de sa superficie au profit de la Grande Roumanie naissante, de la Tchécoslovaquie et de la Yougoslavie, un tiers de la population hongroise se trouvant désormais en dehors des frontières. Trianon est qualifié par l’historiographie de catastrophe nationale : outre sa portée démographique et humanitaire, c’est la politique révisionniste des années 20 et 30 qui va livrer la Hongrie à Hitler et l’entraîner dans l’engrenage de la seconde Guerre Mondiale.
Les minorités après 1989
|
| Accueil z'EST d'Europe | Rubriques | Liens | Contact |
© z’EST d’Europe, 2004