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Le Bien Public - z'EST d'Europe

 

Chypre

                                                                               

Histoire

Une histoire mouvementée

 

L’île de Chypre est habitée depuis le néolithique comme en témoignent les premières traces d’habitation visibles dans la région de Nicosie.

Durant l’antiquité, l’île est colonisée par les Egyptiens, puis les Syriens puis enfin par les cités grecques, notamment pour ses richesses minières, en particulier le cuivre, d’où l’île tire son nom de Κύπρος (kypros). Les habitants sont largement hellénisés et se convertissent au culte polythéiste grec, et bâtissent un temple en l’honneur de la déesse d’Aphrodite d’où le surnom de l’île. Bien que liés à la tradition marine grecque, les Chypriotes préfèrent vivre à l’intérieur des terres, à l’abri des raids de pirates arabes qui emportent esclaves et richesses.

Durant les croisades, l’île sert de relais pour les soldats de la Chrétienté, et la ville de Ledra devient Nicosie pour Richard Cœur de Lion lequel la donne aux Francs (Guy de Lusignan). L’île est prise par les Vénitiens qui à leur tour bâtissent des murailles autour de Nicosie, percées de plusieurs portes dont la porte de Famagouste. En 1570, l’île est envahie par l’armée ottomane et alors qu’une partie de la population s’islamise, les Ottomans se présentent comme les restaurateurs de l’église orthodoxe. Chypre se couvre de monuments orientaux et les minarets côtoient les clochers.

En 1878, l’île est cédée à la Grande-Bretagne en échange de son soutien dans la guerre russo-turque. L’île hérite certaines caractéristiques (conduite à gauche, fréquentation des pubs, usage de l’anglais). Durant l’occupation britannique, les populations hellénophone et turcophone cohabitent relativement bien dans une mosaïque de villages, parfois mixtes. A l’origine, le Royaume-Uni ne devait qu’avoir un rôle d’administrateur de l’île, mais le ralliement de l’empire ottoman aux empires centraux en 1914 pousse l’Angleterre à l’annexer complètement.

Dès la première Guerre mondiale, les Chypriotes mènent des mouvements de résistance à l’occupant, mouvements qui se radicalisent dans les années 1954-1955. Les résistants forment des groupes réclamant l’indépendance par rapport à l’Angleterre mais aussi parfois le rattachement à la Grèce (énosis). En 1960, l’île accède à l’indépendance. Le président, Monseigneur Makarios, hellénophone, réclame l’énosis en 1967. La Turquie refuse et riposte par l’opération Attila, et envoie des troupes turques au nord de l’île. Fuyant les massacres des deux côtés, les Grecs se regroupent au sud et les Turcs au nord, réalisant une première partition de l’île. Une ligne de cessez-le-feu balafre l’île ainsi que la capitale Nicosie et entérine cette partition. Le sud, majoritairement peuplé de Chypriotes grecs devient la République de Chypre, tandis que le Nord s’autoproclame République turque de Chypre du Nord, république reconnue uniquement par la Turquie.

Tandis que le sud prospère grâce aux sociétés offshore et doit intégrer l’Union européenne le 1er mai 2004, le nord souffre d’un chômage massif et d’une surreprésentation de l’armée. Les atouts de l’île sont nombreux : position stratégique entre l’Europe et le Moyen-Orient, un secteur tertiaire florissant, un niveau de vie moyen élevé (de l’ordre de 70% de la moyenne communautaire). Toutefois, les souffrances demeurent puisque Grecs et Turcs ont souvent perdu un proche dans les affrontements de 1974. Et à l’heure où l’UE, l’ONU, la Turquie et la Grèce du nouveau premier ministre Karamanlis oeuvrent pour une réunification, l’île peine toujours à se débarrasser de ses vieux démons.

 

Clément Duclos

 

La place de la Turquie

 

Les Dix pays qui entreront dans l’Union Européenne le 1er Mai prochain sont d’anciennes démocraties populaires, à l’exception de Chypre et de Malte. Ces pays ont demandé à l’Union Européenne d’étudier leurs cas en vue d’une candidature en 1997, au traité d’Amsterdam, et ont vu leur statut passer de demandeur à « officiellement candidat » en 2000. La Turquie en est aujourd’hui à sa quarante et unième année de partenariat économique avec les pays de l’Union Européenne, et à sa dix-septième année d’attente de voir son passage du statut de « partenaire » à celui de « candidat ».

Aujourd’hui, tout le monde s’accorde à dire que la Turquie a fait d’énormes progrès en vue de son adhésion. La laïcité voulue par Mustapha Kemal, l’abolition de la peine de mort, mais aussi une grande modernisation économique et une restructuration de l’administration ont été saluées par tous les pays européens. Ces progrès sont satisfaisants, et s’ajoutent aux avantages que la Turquie peut apporter à l’Europe. Son adhésion à l’OTAN prouve son solide ancrage parmi les pays occidentaux. D’autre part, la construction européenne s’est toujours réclamée comme messager de paix et de prospérité ; dans cette optique, l’adhésion de la Turquie à l’UE serait une aide bien importante au conflit qui oppose chypriotes du sud et du nord. Plus officieusement enfin, l’entrée de la Turquie serait vue d’un bon œil, puisque apportant 64 millions de consommateurs, et permettant à l’UE d’étendre son influence au Moyen-Orient. Enfin, on doit rappeler que l’histoire de la Turquie s’est toujours majoritairement déroulée en Europe, depuis l’Empire byzantin jusqu’en 1918. Le peuple turc n’est pas un peuple asiatique, et pourtant pas complètement encore un peuple « européen ».

Ainsi, si aucun pays ne s’oppose à son entrée, il reste cependant des réserves importantes de la part de l’UE. Tout d’abord, les contentieux territoriaux que la Turquie ne manque pas d’attiser avec la Grèce et avec Chypre. Le poids démographique turc, lui aussi, effraie. Ce pays serait le second le plus peuplé de l’Union Européenne ; avec 41% de paysans, qui posent un problème de redéfinition de la Politique Agricole Commune. La négation par les Turcs du génocide arménien, et les violences à l’égard des Kurdes sont une véritable barrière. Enfin, l’adhésion de la Turquie pose sérieusement la question des frontières de l’Europe ; qu’elles soient culturelles, géographiques, ou bien politiques.

 

Pierre Catalan

 

 

Pourquoi il ne faut pas avoir peur de la Turquie ?

 

Les peurs que la Turquie inspire dans le cadre de son adhésion à l’UE sont très diverses, mais pourtant souvent injustifiées. Si les Turcs adhèrent à l’UE, ils auront l’opportunité de bâtir l’avenir chez eux, et les aides dispensées par les pays membres seront une motivation supplémentaire pour être exemplaire. Ces aides ne s’élèvent qu’à 5€ par Français et par an pendant 5 ans pour les dix pays entrant en 2004. Elles ne ruineront personne pour l’adhésion de la Turquie. D’autre part, la population turque et sa croissance doivent être considérées comme une chance dans une Europe vieillissante et peu dynamique. Par ailleurs, l’entrée de la Turquie serait la preuve que les principes laïcs sont la base de la construction de l’Europe.

La construction de l’Europe n’a jamais été un long fleuve tranquille, mais on la considère toujours comme une réussite.

 

Interview

Comment vit-on à Chypre quand on est bourguignon ?

 

Virginie et Christophe Parczynski, tous deux bourguignons et nés à Dijon, habitent Chypre depuis un an et demi. Ils livrent leurs sentiments sur leur expérience chypriote.

Christophe Parczynski est professeur des écoles et responsable de l’annexe de l’école française de Nicosie à Limassol, sur la côte sud-est de l’île de Chypre. Lui et son épouse Virginie avaient envie de connaître une expérience à l’étranger. Ils avaient choisi plusieurs pays où ils souhaitaient aller : les Etats-Unis, le Japon, la Hongrie, la République tchèque, le Maroc, … et Chypre. Ils ne connaissaient rien de ce pays mais avaient lu dans un guide une courte présentation de l’île et avaient été attirés par les conditions de soleil et la qualité de vie.

Avant leur départ ils se faisaient du souci car ils allaient vivre dans un pays hellénophone et ne parlaient pas grec. Finalement la langue ne fut pas un obstacle puisque l’anglais est parlé par la quasi-totalité des habitants, dans les administrations, les restaurants, les magasins. Il reste d’ailleurs des marques de l’occupation anglaise sur cette île où l’on roule à gauche et où l’on trouve une culture de la fête propre aux îles britanniques, avec de nombreux pubs. 

 

Brassage de population

A son arrivée à Chypre, Christophe a tout de suite été marqué par le brassage de populations qui s’y effectue. Touristes et résidents de nombreuses nationalités se croisent, Russes, Serbes, Français, Anglais, Africains, Moyen-orientaux, Libanais, Roumains, … A l’école, dans sa classe, Christophe a quatorze élèves, qui ont 8 nationalités différentes et apprécie particulièrement ce mélange des cultures. Quant à elle, Virginie insiste sur sa surprise quand elle a découvert le paysage de Limassol. Elle s’attendait à trouver de petites maisons blanches aux volets bleus, comme dans les îles grecques, mais a trouvé une ville pleine d’immeubles et qui semble constamment en construction. Les deux Bourguignons sont arrivés sur l’île au beau milieu de la saison sèche, et le paysage était plutôt désertique…

 

Douceur de vivre

A les en croire, il existe à Chypre une véritable douceur de vivre, non seulement grâce au climat particulièrement clément, mais aussi parce qu’on s’y sent en parfaite sécurité. C’est un pays sûr où il n’y a pas de délinquance, de violence, de vols. Cela paraît paradoxal, dans ce pays qui est marqué par la séparation douloureuse d’avec le Nord de l’île. Cependant ils relèvent deux points négatifs. D’abord ils furent surpris par le coût élevé de la vie du fait de la présence de nombreux touristes et étrangers. Les produits chypriotes ou grecs demeurent à des prix raisonnables, mais tous les produits d’importation sont chers. De ce fait les Chypriotes ont quelques difficultés, compte tenu de leurs salaires qui demeurent faibles. Ils s’en sortent par des astuces, notamment grâce à la solidarité familiale. Par exemple lorsque les parents font construire une maison, ils la font sans toit, et lorsque les enfants se marient ils rajoutent un étage à leur maison ! D’autre part Virginie et Christophe, qui attendaient un pays avec un peuple accueillant de tradition méditerranéenne, ont été plutôt déçus, notamment de la part des jeunes chypriotes, qui sont somme toute assez froids.

 

D’après Virginie et Christophe l’élargissement sera une bonne chose pour Chypre et pour l’Union Européenne. Dans le pays il sera nécessaire d’introduire des normes qui pour l’instant ne sont pas respectées, et les trafics en tout genre vont devoir cesser. Pour l’Europe, Chypre occupe une place stratégique aux portes de l’Orient, à proximité de l’Egypte, de la Turquie et  d’autre part les Européens pourront plus aisément découvrir ce pays qui, à en croire Virginie et Christophe, en vaut la peine.

 

Adrien Brun

 

 

Les Français à Chypre

La communauté française de Chypre n’est pas une très grosse communauté. Les Français se trouvent en général à Nicosie, la capitale, et travaillent à l’Ambassade, au consulat, ou à l’AFP. Un bon nombre d’entre eux travaillent également dans des entreprises off-shore qui apprécient particulièrement le pays. Dans une perspective davantage historique, le lien entre la France et Chypre fut assez fort au moment des Croisades, puisque certains croisés français sont passés par l’île, laissant derrière eux des traces de leur passage au travers de châteaux, de vestiges. D’ailleurs l’île regorge de sites archéologiques à découvrir, qui attirent les touristes de plus en plus nombreux qui viennent, d’Europe ou d’ailleurs, chercher le soleil et découvrir l’histoire de Chypre.

 

 

 

 

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